Jeudi 11 décembre 2008 4 11 /12 /Déc /2008 08:22


Besoin de passer à un récit plus actuel et plus agréable, même si c'est toujours difficile émotionnellement.

Bon la dépression est là, ancrée depuis l'enfance, comme je viens de le raconter, mais je ne reste pas là à me faire dépasser et fondre dans cet enfer !

Dans les moments les plus difficiles j'ai accepté trois séjours en clinique psychiatrique, ça m'a soulagé un temps, permis de passer à autre chose chaque fois, même si ce n'étais pas, à priori, toujours positif.

J'ai testé tout au long de ma vie plusieurs psychologues et psychiatres, plusieurs thérapies dont la sophrologie, le yoga thérapeutique (que j'exerce depuis deux ans environ et qui m'aide à reprendre contact avec mon corps) et également depuis environ deux ans, l'arthérapie que j'ai d'abord découvert à la clinque psychiatrique (tout comme le yoga thérapeutique d'ailleurs).

Et là je dois dire qu'il s'agit d'une double rencontre, non seulement d'une psychologue fabuleuse et d'une méthode qui me convient tout à fait.

Extraits de courriers de mes réponses aux questions d'une amie qui expliquent aussi pourquoi j'ai ouvert ce blog :




Pour l'arthérapeuthe [...] c'est une psychologue qui a fait des années de spécialisation dans cette discipline.
[...] elle se sert de "l'art" pour mieux schématiser les problèmes psychiques.
Je vais peut-être faire un post explicatif sur cette méthode dans un topic existant.
Mais en gros elle demande qu'on décrive ce qu'on ressent, qu'on voudrait être, qu'on était, etc... avec des pastels à l'huile, pâte à modelée ou autre.
Ça donne des sujets comme :
Sur une page blanche pliée en deux, à droite "dessinez ce que vous vous ressentiez il y a quelques mois à la clinique" (par exemple), puis une fois que c'est fait elle analyse en direct le dessin/schéma, les mots écrits, les couleurs, etc...
Puis à droite, dessinez ce que vous ressentez maintenant.
Description du dessin puis comparaison.

Parfois découpage de la page et premier schéma caché sur le second.

Avec de la pâte à modeler pour le corps malade enfant, puis le corps que j'aurais aimé avoir, qui n'a rien apporté car une belle fille a des tas d'astreintes/obligations d'un rôle à tenir. J'ai donc eu comme 2ème thème "que faudrait-il faire pour améliorer ce corps ?" toujours en pâte à modeler.
J'étais très mal avec ce pantin horrible que j'avais créé, il était fantomatique, grimaçant, difforme.
Je l'ai donc "habillé" d'un pantalon, pull, bottes et écharpe pour qu'il passe "inaperçu" aux yeux des autres.
Ce que je fais avec mes vêtements.

Puis elle m'a dit qu'elle allait garder ce corps-bonhomme dans l'armoire et là je n'ai pas pu tenir plus, je lui ai dis :
"non, je préfère le détruire !", elle me l'a passé, j'ai viré les vêtements et remis les boules de couleurs avec la couleur similaire, j'ai tordu le corps pour en faire une boule en disant "il fait du yoga" et là elle a éclaté d'un rire bizarre en disant que j'avais toujours mon sens de l'humour même dans les moments émotionnels les plus difficiles. En fait ça m'aide.
D'après elle je lui ai fait un immense cadeau, je venais de casser l'image corporelle que je trainais depuis l'enfance d'un corps déformé qu'il fallait cacher.
Elle en avait les larmes au yeux.
J'avoue que j'étais dubitative mais elle m'a expliqué qu'il faudrait quelques temps pour que j'assimile ça.

En clair, je vois ou voyais mon corps différemment de la réalité avec une telle différence qu'en yoga j'avais l'impression de ne pas réussir les postures alors qu'il parait que je suis douée.

Ça me créait un malaise indescriptible tout comme lorsqu'un homme me regardait physiquement, ce que je ne supportais pas.
J'ai toujours essayé de m'excuser de ce corps dysfonctionnel et inesthétique d'après moi.
C'est une réalité qui est très difficile à vivre.
Peut-être parce qu'on m'a reproché depuis l'enfance ma maladie et qu'elle a contrarié tous les plans de mes parents.
J'étais une honte vivante pour eux et donc pour moi.
Une de mes soeur a dit un jour "tu es un brouillon", ça résume parfaitement.
Avec un décalage qui faisait me dire que ce que m'apportait mon corps ne pouvait qu'être négatif et par exemple vis à vis des hommes, qu'ils ne s'intéressaient pas à celle que j'étais à l'intérieur et que lorsqu'ils le découvriraient comme je le vois ou voyais ils ne pourraient que me repousser, sous une quelconque raison.
Le fait est que j'ai en plus rencontré que des hommes très tournés vers eux-même et que tous, sauf J. à présent tétraplégique (pour le situer) se sont foutus de ce que je pouvais bien vivre émotionnellement.
Pourtant il m'a fait souffrir à attendre durant des années un appel de sa part, avec interdiction de le joindre mais quand il était à côté de moi, il était entier, donnait, se donnait, prenait, le tout naturellement.

Je ne sais pas si j'arriverais à expliquer ça dans un topic car il faudrait que je dévoile beaucoup de moi et bon sur le net, j'ai appris que certains s'en servais à notre encontre, mais je l'ai fait le plus sincèrement possible pour que tu comprennes.

Schématiser permet de mieux "voir" des choses, plus distinctement et de mieux appréhender nos désirs car il faut les mettre en forme (même si j'utilise le niveau maternelle, elle m'a demandé la permission de montrer certains dessins à d'autres patients, ils sont anonymes, car ils l'aident à décrire ce que doivent vivre certaines personnes en dépression, j'ai bien évidemment accepté).


C'est donc un travail de concert, je me sens assise à côté d'elle et qu'on affronte ensemble cette bête immonde mais qui ne m'effraie plus.

J'ai compris (notamment après la lecture de divers articles) que mon cerveau avait de mauvais cheminements neuronaux et qu'il fallait que j'en crée de nouveau, assistée d'une personne en qui j'avais confiance et suffisamment forte pour partager avec moi ce nouveau parcours et capable de m'expliquer les phases des cheminements et questionnements divers qui me parcourent.

En gros, c'est la première fois que je me sens capable d'apprécier certaines petites choses de la vie, d'oser ouvrir les yeux sans trop m'angoisser ou me questionner.


Importance de la différence entre réactions et actions :


C'est là que j'ai pris conscience de la différence entre réagir (lié à la dépression) et agir.
Qu'on peut influer pour faire que les petits points d'énergie positive et colorée qui apparaissent deviennent comme un jeu de domino, un enchainement de circonstances prévues qu'on aura choisies.

Je donne un exemple simple.
J'aimais découvrir par moi-même des "techniques" dans le dessin, mais depuis des années je n'arrivais plus du tout à reprendre les pinceaux et autres pastels.
Je me suis "servie" de mon envie de vouloir faire plaisir à une amie en offrant un de mes dessins, pour en faire plusieurs, histoire qu'elle puisse choisir.

Même si je ne suis pas contente des résultats obtenus, je lui donne la possibilité du choix et de plus j'ai recréé !
J'ai remis en route le mouvement.



Car si la dépression pouvait être exprimée en trés peu de mots, je dirais "la non-envie" et je préciserais avec "la non en vie"...







Par Associale
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Jeudi 11 décembre 2008 4 11 /12 /Déc /2008 07:06



"Dépression" quel vilain mot qui m'écorche la bouche et les neurones^^ !

Oui, bon, j'en traine une depuis l'enfance comme annoncé dans ma présentation avec à la base un cancer osseux, plus exactement un sarcome d'Ewing qui ne touche que les enfants en pleine croissance et apparait généralement au niveau d'une jambe.

A l'époque, il y a environ 35 ans, je n'avais pas encore dix ans, les thérapies et traitements étaient "rudimentaires" dans certains domaines mais j'ai eu une chance inouïe car, de nos jours encore, il  n'existe qu'une possibilité de 'traitement' pour stopper l'évolution de ce cancer : déhancher et couper ! et encore en s'y prenant avant qu'il ne se généralise.


Découverte du cancer :

J'ai eu beaucoup de chance d'abord de m'être tordue le "bon" genou (je me revois encore appuyée contre un vieux chêne à découvrir cette douleur et me disant "ayé j'ai encore fait une bétise^^"), d'avoir eu un médecin généraliste qui sortait d'années d'études en recherche et a su repérer les minuscules ombres noires sur les radios, et après biopsie et 5 médecins qui l'ont étudiée de leur côté et diagnostiqué à 3 contre 2 Sarchome d'Ewing/tuberculose osseuse, la chance de rencontrer un professeur qui a osé plusieurs traitements de concert pour traiter l'éventualité des deux maladies !

Bref, sur plusieurs années de mon enfance j'ai passé des mois et des mois dans des cliniques, hôpitaux et maisons de repos divers, éloignée de ma famille et surtout sans aucune explication !
A l'époque les enfants n'étaient pas considérés comme des êtres humains à part entière, le corps médical et mes parents n'ont pas cherché à m'expliquer le pourquoi de ces séparations douloureuses tant physiquement que psychologiquement.
Je me rappelle les toubibs me tournant le dos et discutant avec mes parents qui me lancaients des regardsinquiets, larmoyants et contris de sourds repproches sans que je comprenne ce qui se passait.

Enfin si je me doutais bien que quelque chose n'allait pas avec mon corps mais je ne comprenais pas d'être punie pour ça alors que je ne me sentais pas fautive !
Car évidemment j'ai vécu ces séparations comme des punitions et des abandons.


Traitements :

En premier lieu, je l'ai compris que plus tard, fortifier mon corps pour qu'il mette toutes son énergie dans la lutte contre cette maladie.
Pour celà j'ai été dopée aux vaccins BCG !
Un par semaine, puis par quinzaine, mois, année jusqu'à mes 15 ou 16 ans.
J'allais stoïque retrouver le docteur qui s'amusait de voir que j'écrivais des mots croisés dans les grilles qu'il traçait à la plume.
Puis vint le système des bagues : 4 perforations avec une sorte de bague plastique enduite de vaccin, soit-disant pour ne pas laisser de traces...
J'ai encore aujourd'hui le haut des bras couverts de stigmates ressemblant à de gros boutons qui auraient eu du mal à cicatriser^^.
Quant aux grilles, elles ont disparues.
J'ai d'ailleurs développé un effet secondaire inattendu de cette quantité de vaccins : une pilosité impressionnante et une chevelure magnifique !
Un produit miracle pour les hommes qui se dégarnissent ?

Ensuite, vu que ce cancer ne s'adresse qu'aux enfants en croissance, le professeur a mis en place un traitement hormonal visant à me rendre adulte le plus vite possible.
On m'a fait venir les règles alors que je suçais encore le pouce et surtout toujours sans rien m'expliquer !
J'ai d'abord vécu les premiers saignements comme un problème supplémentaire que j'ai voulu cacher, étant persuadée qu'il s'agissait d'une hémorragie interne, j'ai dérobé à mes parents un volume important de coton que j'ai mis dans la culotte. Rassurée quand ils se sont arrêtés (tout seuls, quelle chance !), j'ai été affolée quand un mois plus tard les saignements ont repris !
Là je me suis rendue compte que ça devait être plus grave que je le croyais et que je ne pouvais gérer la chose.
C'est à ma mère que j'en ai parlé, mortifiée par la culpabilité d'avoir "encore quelque chose".
Et là un grand éclat de rire de sa part que j'ai d'abord pris pour de la moquerie alors que je devais avoir un air effaré !
Plus tard dans la journée ma mère a demandé à ma grand-mère de m'expliquer et elle m'a dit "tu es jeune-fille mais faut pas le dire".
Allons bon, encore un truc de pas net à cacher^^
J'étais contente d'avoir monté d'un grade, tout au moins que je croyais, dans la considération des adultes mais je sentais à leurs attitudes que ce n'étais pas une si bonne nouvelle que ça...

Après quelques mois de ces "fortifiants" et traitement hormonaux, "les choses sérieuses" ont commencé.
Les radiations (rayons X je crois).
Le professeur faisait des calculs tous les jours pour savoir quelles quantités et à quelle puissance je devais en recevoir, ce que je prenais pour un autre repproche de travail en plus que je lui donnais.
J'ai peu de souvenirs : ceux où j'allais avec mes petits livres dans la salle des rayons, les longs couloirs aux néons blafards, les vieilles de la chambre qui faisaient exprès de me dégouter pour récupérer une partie de mes repas, la douleur, la solitude.

Mais c'est là que j'ai appris à écrire réellement, car sans télévision, sans compagnie d'autres enfants (cancer égalait à l'époque à personnes âgées), je passais mon temps à lire pour "sortir" de cet enfer froid de sentiments.
J'avalais jusqu'à trois livres de bibliothèque rose ou verte par jour.

Je n'ai pas souvenance d'autres traitement, je constatais seulement que tous les deux jours j'avais des prises de sang et que le professeur contrôlait le cancer à l'aide de thermovisions (photographies de la chaleur).
En effet, la partie atteinte était beaucoup plus jaune/orangée sur un genou que sur l'autre.
Je me doute aussi que c'est pour limiter les doses des rayons X que je n'avais pas de radiographie.


Les retours à la maison et à l'école
:

Peu fréquents et après environ une année d'hospitalisation sans suivi scolaire ou psychologique, j'étais heureuse de retourner à la maison.
Je me rappelle d'un retour en voiture (3h30 de route à l'époque) où j'ai chanté tout le long "ah les mimosas, les mimosas !" en riant.
Mes parents n'ont pas eu le courage de me faire taire vu la joie qui m'animait.

Par contre, le "retour dans la société" n'en fut pas un !
Le directeur de l'école avait été prévenu et m'imposait de rester sur un banc aux récréations avec défense de jouer avec les autres enfants de peur de prendre un coup involontaire.
Et puis il y avait les rumeurs.
Les parents défendaient leurs enfants de m'approcher, "des fois où ça s'attraperait"...
Interdit aussi de courir et faire du sport.

La solitude continuait...



Ma dépression a dû prendre ses racines dans ces événements, sans suivi ou soutien, avec un sentiment de culpabilité de "faire de la peine" juste en existant.

J'ai vécu d'autres événements liés à ce cancer indirectement ou directement et d'autres événements dramatiques par la suite, mais ce sera peut-être pour une prochaine fois.

Par Associale
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Jeudi 11 décembre 2008 4 11 /12 /Déc /2008 06:23


De l'art de la sincérité.



Je vais tenter d'exprimer mes émotions, mes intérêts et tout ce que je vis alors que je viens d'être reconnue "invalide" pour problèmes psychiques liés à une dépression sévère remontant à l'enfance.
Malgré ce, je pense avoir une grande force intérieure car j'aurais pu flancher vers la folie ou la destruction irréversible plus d'une fois.

Pour ceux qui m'apprécient, j'aurais une personnalité riche et attachante. En fait j'essaie de survivre le mieux possible en tentant de découvrir ce qui me fait réellement plaisir. Exercice difficile quand on n'entre pas dans "la norme".


Le fil rouge de ce blog sera la sincérité appliquée, enfin je m'y appliquerai,

avec j'espère aussi de l'humour et que j'éviterai le plus possible la mièvrerie et la sensiblerie, le tout sans prétention aucune, juste décrire le plus précisément possible mes flots et flux d’émotions.

Je compte d'ailleurs sur chacun de vous pour commenter vos impressions et remarques même si elles ne vont pas dans le sens de mes posts, ça permettra un suivi le plus objectif possible sur chacun des thèmes.

 

Vous remarquerez que je n'ai pas parlé de mon âge, de ma situation familiale, de mes anciens boulots, tout ce qui représente d'habitude pour chacun de nous des repères pour "classifier" les personnes.

Parce que nous ne sommes pas uniquement et surtout pas ça dans la réalité de notre ressenti intérieur.

Néanmoins, je le ferai au fur et à mesure pour la bonne compréhension des articles.

Par Associale
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